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L'autre, ma fibro et moi

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26 novembre 2013

ça pique !!!

La particularité de la fibro, c'est qu'elle n'a ni cause définie, ni évolution plannifiée, ni traitement adapté... L'avantage, c'est qu'elle ouvre de vastes perspectives sur le plan "expérimentation médicale". 

Tout bon fibro qui se respecte doit être en mesure de vous faire une thèse sur toutes les médecines alternatives et autres solutions "douces" proposées par le monde para-médical. Dans la série "on a tout essayé", les fibro doivent être sur la première marche du podium.

Ne dérogeant pas à la règle, j'ai bien entendu moi aussi cherché à soulager mes maux par d'autres techniques non médicamenteuses. 

C'est confiante et pleine d'espoir que je m'allongeai donc sur la table de l'acupuncteur pour une première séance... Les aiguilles se succèdent, les picottements sont plus ou moins agréables. En fait, ce que j'apprécie, c'est quand on me laisse 1/2 heure immobiles allongée sous une lampe chauffante...

Sauf que voilà; le principe de l'acupuncture, c'est de piquer... et sur moi, ça pique vraiment... et de plus en plus. 

Au fil des séances, soit les aiguilles sont de plus en plus grosses, soit je deviens de plus en plus sensible ! Je ne sais pas ce qui me fait croire que la deuxième éventualité est la plus probable. 

Le petit hérisson des débuts devient un porc-épic version XXL et les aiguilles miniatures de vraies aiguilles à tricoter n°8 ! Je veux bien être gentille et avoir envie de me soigner mais là, au bout de deux mois de persévérance... je craque.

La goûte d'eau, ça a été ce jour où une petite aiguille anodine plantée sur ma cheville m'a lancé une décharge électrique qui m'a explosé dans le cerveau ! A croire qu'elle était reliée au 220W. Une horreur et le mot est faible. 

Désolé... j'arrête !!!

Dommage? Dommage pour qui ? J'avais mal avant, j'ai toujours mal et entre temps, vous me faites mal avec vos aiguilles... Je suis courageuse, un peu joueuse mais pas complétement maso...

 

Quand j'ai raconté cette épopée au spécialiste qui me suit, il a eu cette petite phrase... "ah et bien ça confirme votre fibro... les "vrais" fifo ne supportent pas l'acupuncture !!"

Euh... je l'étrangle tout de suite où je me retiens ? C'est maintenant qu'il me dit ça lui ?!!! 

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21 novembre 2013

L'automne, la saison des douleurs

L'automne, c'est pas fait pour les fibro, j'en ai la preuve :

1 - je ne peux plus arpenter les sous-bois pour ramasser les chataignes et autres champignons sous peine de ne plus pouvoir poser le pied par terre pendant une semaine

2 - les feuilles tombent et à part les regarder tomber, je ne pourrai rien faire d'autre : je sais que les ramasser va se traduire par une méga tendynite dans les deux bras

3 - voici venue la saison tu taillage de haies, des arbres et l'heure des plantation... ce sera pour quelqu'un d'autre, mes mains ne veuilent rien savoir

4 - je dois être de moins en moins étanche car aux premières pluies frisquettes, j'ai l'impression d'être glacée de l'intérieur

 

En clair, ma traversée du désert n'a rien d'une rando dans les dunes sableuses mais prend des couleurs orangées et brumeuses.

J'en suis arrivée à la conclusion suivante : mon hibernation commence en automne, collée à la cheminée avec un chat sur les genoux... Après-tout, c'est peut-être ça aussi le bonheur 

19 août 2013

Happy birthday to nous !!!

 

Deux ans... Cela va faire deux ans que nous ne nous quittons plus ma fibro et moi. Deux ans d'une étrange cohabitation forcée qui fait de nous des inséparables, pour le meilleur et pour le pire.

 

Le meilleur ? Bon, ok, il faut le dire vite. Où peut bien se nicher le meilleur dans cette galère ???

 

Étant du genre à positiver, je dirais que j'aurais au moins appris une chose « grâce » à ma colocataire : j'ai appris à dire non... Non, je n'irai pas plus loin... non, je ne me sens pas capable de faire ça... non, je ne tire plus sur la corde...

 

Le poids de l'éducation tendrait à faire de nous des machines à dire oui à tout. Et bien chez moi, les rouages sont grippés et je n'ai même plus honte de dire non.

 

Et vous savez quoi ? Et bien on ne m'aime pas moins pour autant !!! C'est dingue non ???  

7 juin 2013

Le jour de vérité

Il se trouve que ce jour-là, j’étais attendue à Saint-Just le Martel, à côté de Limoges, pour le festival du dessin de presse. Ma bouffée d’oxygène annuelle où, depuis 25 ans, je retrouve des amis, des potes, des dessinateurs… où je suis bien ! Tellement bien.

Ma fibro sous le bras, je quittais donc le CHU et fonçais vers Limoges sans même passer par la case maison.

Deux heures de route pendant lesquelles je me repassais le film de cette consultation qui allait, sans le savoir, changer ma vie. Deux heures à cogiter, à sentir les larmes couler sur mes joues et à tenter de les retenir assez tôt afin de ne pas arriver à destination avec les yeux de Droopy…

Don’t worry… I’m happy !

 

Une inauguration de festival est toujours un peu pareil… Des centaines d’invités, des amis ou simples connaissances qui se retrouvent après une interruption d’un an. Des bisous, des rires, des accolades… que du bonheur.

« Tu vas bien ? Comment vas-tu ? Toujours aussi belle !!! Tu ne changes pas !! Tu as l’air en pleine forme !!! »

Qu’est-ce qu’on peut être hypocrite quand même ! Le sourire jusqu’aux oreilles, je bise, j’enlace, je ri…

« Oui, super bien… et toi ??? »

 

La petite voix intérieure a envie de crier !

« Oh oh, non tu ne vas pas bien ! Pourquoi tu leur dit ça ??? Et la fibro alors, tu l’as déjà oubliée ??? »

 

Comment aurais-je pu l’oublier… J’ai du mal à tenir debout après deux heures de conduite et quelques heures à piétiner pendant les retrouvailles et les inévitables discours. Vivement le diner pour me poser enfin… Je ne vais pas jouer les prolongations ce soir…

 

Qu’est-ce que je fous là ???

 

Une fois de plus, je fais comme si… je donne le change… je mens, je me mens.

Le paradoxe c’est que j’avais presque envie de crier ma joie de savoir, d’annoncer à la terre entière que ça y est, je sais ce que j’ai : je suis FIBROMYALGIQUE !!!

Yesss !!!

 

Calme ta joie…

 

Qui, en dehors de moi, pourrait se réjouir de cette nouvelle ?

Personne n’est au courant du malaise que je ressentais depuis au moins un an. Forcément, je n’en ai jamais parlé…

  • Vous savez, j’ai une fibro… je n’étais donc pas dingue quand je disais que j’étais épuisée et que j’avais mal partout !!!

  • Ah bon, et tu le disais à qui ??? Tu n’as jamais dit que tu étais malade toi ???

 

Ben oui, mal, un mal au plus profond de moi mais tellement bien planqué que nul ne pouvait soupçonner sa présence.

D’un seul coup je regrettais mon attitude de dissimulation.

Avant je n’avais pas le droit de me plaindre, désormais je n’aurais pas le droit d’être malade ?

 

Si, cette fois j’ai le droit. Je n’ai plus envie de faire semblant. Plus envie de me camoufler derrière un sourire ou des excuses à la noix.

A défaut de m’apporter une solution thérapeutique, ce diagnostic me donne le droit de me plaindre. Pour la première fois de ma vie.

Ça peut paraitre bizarre mais ça m’allège d’un poids terrible.

Certes, on va douter de moi, les regards vont peut-être changer… mais je vais arrêter de mentir.

 

Qui m’aime me pardonne…

 

 

5 juin 2013

un mot sur des maux

Tant qu’on ne sait pas, difficile de se sentir malade… On se croit folle, parano, incomprise… mais pas malade.

Puis un jour il y a une blouse blanche qui vous regarde droit dans les yeux et vous annonce que vos maux ont une cause.

Donc je ne suis pas folle !!! C’est la bonne nouvelle du jour !!!

 

Bon, il y en a aussi une mauvaise… la fibromyalgie n’a pas de traitement adapté. C’est un syndrome, un ensemble de symptômes, diagnostiquée en éliminant les autres causes potentielles de douleurs.

 

  • Sclérose en plaques ? l’examen neurologique a dit non !

  • Arthrose invalidante ? l’IRM a dit non !

  • Problème de thyroide ? J’en ai plus et la prise de sang a dit non !

  • … etc… la liste continue.

  •  

Ils ont tous dit NON, donc il ne reste que celle que je vais bientôt renommer « Dame Fibro ». Celle qui va désormais accompagner mes jours comme mes nuits. Celle que je ne pourrai plus jamais oublier tant sa faculté à se faire remarquer est importante.

 

C’était le dernier vendredi de septembre, l’entrée dans l’automne qui allait très vite se transformer pour moi en un hiver rigoureux.

 

C’était au tour du médecin du CAD de me questionner, de m’ausculter, de m’appuyer sur les 18 points « stratégiques » de la fibro. Je les découvrais en tressautant sous la pression de ses mains.

  • Vous connaissez la fibromyalgie ?

J’avais envie de répondre « pas vraiment… mais je sens que je ne vais pas tarder à faire connaissance… »

Alors il s’est mis à m’expliquer qu’il s’agit d’une syndrôme pour lequel il n’existe pas de traitement mais dont on parvient à alléger les conséquences avec du repos, des anti-douleurs, anti-dépresseurs, thérapies alternatives… A chacun sa recette.

 

L’interrogatoire qui a suivi s’est dirigé vers ma vie privée… Très vite, le conflit avec ma fille adolescente a pris beaucoup de place dans la discussion.

Non, pas une simple crise d’ado… un gros conflit qui m’avait conduite la veille de ce rendez-vous à prendre la décision la plus difficile de ma vie : mettre ma fille à la porte de chez moi et l’envoyer vivre chez son père.

J’étais à bout, épuisée de devoir passer mes journées à hurler, de passer mes nuits à pleurer, d’essayer de lui faire suivre un chemin qu’elle prenait un malin plaisir à effacer au fil des jours.

Elle séchait les cours, prenait une voie dangereuse, ne me respectait plus… J’avais envie de la sauver de cette mauvaise passe… de me sauver…

 

  • Vous avez conscience que votre fille va vous tuer ? Au sens propre…

 

Pas vraiment. Comment peut-on s’imaginer que c’est l’être que vous avez mis au monde, que vous aimez plus que tout, qui va vous faire sombrer, vous tuer… ?

Bien sûr que on je n’en avais pas conscience ou du moins je ne voulais surtout pas le voir.

Et puis jusque-là je n’étais pas malade… donc comment aurais-je pu l’accuser d’un mal invisible ?

 

Avec cette phrase qui résonne encore régulièrement dans ma tête, les choses prenaient une tournure qui ne me plaisait pas vraiment.

  • Ça ne peut pas continuer comme ça ! Pour lutter contre la fibromyalgie, il vous faut une vie sans stress !

  • Ah… c’est sur quelle planète ça ?

J’arrache un sourire au médecin qui se rend bien compte de la difficulté de la tâche.

  • Disons qu’il faut que vous essayiez d’éliminer les facteurs de stress…

  • J’ai commencé… j’ai viré ma fille !

Deuxième sourire. On se comprend.

 

Dans la foulée, il me fixe un rendez-vous pour une journée de test IV (injection de différentes molécules pour voir à laquelle on réagit le mieux), puis une première séance d’acuponcture.

 

Je quitte le CAD avec mon planning de rendez-vous et surtout un mot à mettre sur mes maux.

 

FIBROMYALGIE

 

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4 juin 2013

Même pas grave

Je me retrouve face à une nouvelle blouse blanche, je ne l’avais pas encore vu celui-là !

Il m’observe, m’interroge, scrute mes radios, lit mes résultats d’analyse, m’ausculte… et m’annonce :

  • Ce que je peux vous dire, c’est que vous n’avez pas de maladie grave !

  • Effectivement, ça me rassure… j’avoue que j’avais peur d’avoir une fibromyalgie…

  • Ah oui, ça c’est effectivement très probable, mais ça n’est pas une maladie, c’est un syndrome !

  • Ah… et c’est moins douloureux ?

Je ne suis pas sure que ma dernière réplique lui ait plu…

  • Allez faire confirmer le diagnostic au Centre Anti Douleurs… et en attendant, allongez-vous

Sous le coup de l’annonce et le tact avec lequel cela m’a été annoncé, je suis les ordres du médecin, je m’allonge, sans réaction…

  • Mettez-vous sur le ventre !

Je m’exécute

  • Ne respirez plus !

Pas le temps de demander pourquoi, une aiguille s’enfonce dans ma colonne vertébrale..

  • Ne respirez toujours pas !

  • Mais… Aïe !!!

Deuxième aiguille

Je me redresse !

  • Mais qu’est-ce que vous faites ???

  • Des infiltrations !

  • Des infiltrations de quoi ???

  • De cortisone… ça vous fera du bien

  • Vous auriez-pu prévenir… et demander au moins !!!

Je m’échappe enfin avec la ferme intention de ne plus poser les pieds ici !

 

Retour à la case départ chez mon médecin traitant pour obtenir un rendez-vous au Centre Anti Douleur avec, cette fois, un diagnostic à proposer.

 

3 juin 2013

Bien et toi ?

 Comment vivre avec la fatigue en permanence quand on est une jeune quadra ?

On ment… On ment à tout le monde et, ce qui est encore pire, on se ment à soi. Juste pour paraitre, pour ne rien changer à l’image que l’on veut renvoyer.

Pendant tous ces mois, je me suis menti…

  • Comment vas-tu ?

  • Très bien et toi ???

Cette réponse était devenue un véritable tic de langage qui ne laissait aucun doute sur mon état.

Après tout, avec quelques crèmes miracle qui dissimulent comme par magie les cernes et autres traces de fatigue, associée à une trousse de maquillage devenue ma meilleure amie, je pouvais donner le change sans problème. Le tout était de prévoir une petite trousse de secours pour effectuer les retouches nécessaires au fil de la journée.

On n’y voyait que du feu ! Combien de fois ais-je entendu « tu as bonne mine aujourd’hui » !!!

 

Et la douleur, on en fait quoi ? Pareil, ou presque, on ment…

C’est trop douloureux de marcher ? Qu’à cela ne tienne, on trouve des excuses pour ne pas faire un trajet trop long, on prend la voiture, on économise ses gestes, ses pas. Et quand c’est trop dur, on se cache et on avale des médocs qui allègent un peu cette souffrance sans jamais la vaincre.

 

Ce dernier été « normal » a été le plus dur, tant moralement que physiquement. Je n’avais goût à rien mais tenais à faire « comme si ».

Je suis partie une semaine en pension complète avec mes filles avec la ferme idée de vaincre la douleur par l’effort.

Chaque jour, je me forçais à aller à la plage à pieds, à 1,5 km de la pension. Chaque pas me lançait dans le pied et dans la hanche, je mettais ça sur le compte de chaussures inadaptées à la marche… et je continuais.

Depuis plusieurs mois, j’avais très mal à l’épaule gauche et ne parvenais plus à lever le bras… sans raison apparente… mais je n’en faisais pas état !

 

J’en ai avalé des kilomètres cette semaine-là… Et des pages et des pages de livres, la lecture étant mon autre activité intense, allongée sur la plage, allongée sur une chaise longue, allongée sur mon lit. Une belle excuse pour rester allongée un maximum de temps… sans doute !

 

Bien entendu, ce repos n’a jamais porté ses fruits, et pour cause…

Je suis rentrée avec des douleurs amplifiées.

 

Mal partout.

 

Je prends un rendez-vous chez mon médecin et c’est sa remplaçante qui me reçoit.

Face à mon état général, elle décide de tout reprendre à zéro et de remettre les choses à plat.

Elle ne comprend pas… mais s’interroge… Pour la première fois elle évoque le terme de fibromyalgie.

Ayant longtemps écrit pour la rubrique santé, le terme m’était familier. J’avais rencontré des femmes souffrant de ce mal qui avaient monté une association pour être « enfin comprises », « enfin écoutées ».

 

Ce terme ne laissait rien présager de bon… mais avait le mérite de me donner une piste.

 

Enfin un médecin qui ne me voit pas comme une pathologie ponctuelle mais comme un corps qui va mal… mal depuis longtemps, mal de partout…

 

  • J’aimerais que vous alliez voir un rhumatologue… vite…

  • C’est parti, j’y vais !

 

1 juin 2013

Jusqu’au jour où…

 

 

  • Vous avez besoin de vacances Madame, vous être hyper tendue de la tête aux pieds !

  • J’ai repris ce matin après 3 semaines de vacances…

  • Ah, sacré chantier alors…

C’est mon kiné qui m’a accueillie comme ça en ce dernier jour d’août… Il ne me connaissait pas encore mais allait me découvrir et surtout me cerner très rapidement, à vue d’œil.

Il observe, scrute… et sans poser ses mains sur moi, expose ses premières conclusions.

  • Pourquoi vous ne vous aimez pas ?

  •  ???

  • Vous ne prenez pas soin de vous et consacrez votre vie aux autres… mais vous, où êtes-vous ?

Ça y est, je suis cernée ! Il a lu en moi comme dans un livre ouvert… Ben justement, si je suis là c’est pour qu’on s’occupe de moi, qu’on me fasse du bien.

 

Pendant un an, chaque semaine voire deux fois par semaine, ce kiné qui est surtout ostéopathe me masse et me remet en place. A chaque séance son lot de démontage-remontage.

  • Votre dos est complétement coincé, vous avez fait quoi cette fois ?

  • J’ai attrapé un yaourt dans le frigo…

  • Ah oui !!! Vous vivez dangereusement !

Pourquoi rien ne semble tenir mes articulations ? Pourquoi je suis toujours fatiguée ? Pourquoi j’ai mal partout mais jamais au même endroit ?

 

Pourquoi ça m’arrive à moi ????

 

La dernière séance…

Il y aura une dernière séance, un baisser de rideau le jour où, en faisant ma valise pour un séjour professionnel parisien, j’ai tendu le bras pour prendre des chaussettes dans le tiroir (la force basque, à côté, c’est Oui-Oui à la salle de muscu !) et où je n’ai même pas pu hurler ma douleur…

 

Le souffle coupé, le dos cassé… Je me suis écroulée sur le lit, les larmes coulaient sans bruit sur mes joues. STOP…

 

Trois semaines de convalescence pour effacer cette mauvaise passe, une de plus… Pas de kiné là-dessus, il y a 2 petites hernies discales, on n’y touche plus et on attend que ça passe.

Ou pas.

 

Si je raconte tout ça, c’est juste pour montrer un parcours de soins, de vie. Une dizaine d’années de ma vie d’avant où le mal ponctuait de manière très épisodique les longues périodes d’accalmie et de vraie vie.

 

Je n’y voyais que des temps de pauses imposés par mon corps qui exprimait ainsi son besoin de récupérer, de reprendre des forces quand je lui en demandais un peu trop. Je n’avais jamais vraiment été à l’écoute de cette enveloppe charnelle qui ne me servait en fait qu’à exister. Il me rendait la monnaie de ma pièce le bougre !

 

La fatigue est une chose, la maladie en est une autre.

J’étais juste fatiguée… un peu trop sans doute mais comment ne pas l’être avec mon mode de vie ?

 

Fatiguée mais pas malade…

 

30 mai 2013

L'histoire aurait pu s'arrêter là

Si le chef de médecine interne n’avait pas eu le nez fin… enfin presque.

  • Ce virus doit être dans votre corps logé quelque part et ressortira en ca de stress important…

Bingo, la bête n’est que cachée, dissimulée, prête à surgir à la moindre faiblesse. Sournoise, violente… Elle est là.

 

Toutes ces années sans la voir, sans même sentir sa présence la plupart du temps. Et pourtant, elle est bien là.

 

Un gros coup de fatigue et hop, me voilà clouée sur le canapé, les bleus ressortent, les crampes me tiennent éveillées, ma démarche est douloureuse… et les CPK remontent en flèche, sans autre signe.

En dormant comme un loir pendant 15 jours, je recharge les batteries et peux repartir, comme si de rien n’était…

 

Je passerai l’épisode de la séparation d’avec le père de mes filles, fin d’une histoire de cohabitation où l’amour ne trouvait plus sa place.

 

La vie a continué à 3, presque comme elle avait commencé.

 

Pas de grand changement en vue en dehors des week-ends des filles chez papa pendant lesquels je nageais avec délectation dans une solitude bien méritée.

 

  • Profites-en pour sortir, pour faire la fête, pour voir des potes !!!

  • Mais non, je n’ai qu’une envie, celle de me reposer… enfin

  • Mais tu ne peux pas hiberner un week-end sur deux !!!

  • Ah que si !!! Hiberner, alterner le bain moussant, la sieste et la lecture devant le feu de cheminée… que du bonheur !

 

Comment leur dire que je suis F.A.T.I.G.U.E.E. ????

 

A l’aube de la quarantaine, je devrais être en pleine forme… et bien non, je suis crevée, vannée, HS…

 

Je mets ça sur le dos du boulot et de mon rôle de maman cumulés. J’ai le droit non ?

 

Non !

On m’a tellement connue active qu’on ne peut pas imaginer une seconde que sous la carapace se cache une sorte de mollusque flasque. Cette carapace n’est qu’une coquille vide.

 

Cette phrase d’un collègue, un matin, résume parfaitement la vision que je renvoies : « C’est pas la peine que je te demande comment tu vas toi… tu vas toujours bien !!! »

Ce jour-là je souffrais le martyre, j’étais bourrée de médocs pour tenir le coup… mais j’ai continué à sourire.

 

Paraître… montrer ce que les autres ont envie de voir.

Pendant des années j’ai joué à cache-cache avec moi de manière parfaitement inconsciente.

Pourquoi ? Pour qui ?

A qui voulais-je prouver que j’étais cette autre ? A moi sans doute, et à tous les autres que je ne voulais pas décevoir.

 

Élevée dans l’idée qu’il y a toujours plus malheureux que soi, on ne se plaint pas, on avance.

 

En avançant je pense souvent à ma grand-mère qui n’a jamais fléchi pendant près d’un siècle de vie dont une bonne moitié dans la souffrance.

 

Elle a traversé les guerres la tête haute, a eu un mari violent sans jamais se plaindre, l’a assisté jusqu’au bout pendant qu’il noyait ses dernières années dans l’alcool. Elle a marché la nuit pendant des heures dans la neige pour aller retrouver son poste à l’usine pour faire manger ses enfants… Elle a souffert, sans jamais se plaindre.

 

Cet exemple est dans ma tête depuis ma naissance… Je l’admire tellement.

J’ai tout pour être heureuse alors qu’est-ce qui pourrait me donner le droit de me plaindre ???

 

Je ne me plaindrai pas, je serai forte, je cacherai ma douleur…

 

29 mai 2013

J'ai mal où ?

 

Ce que je ne pouvais pas imaginer c’est l’importance qu’allait prendre cette petite douleur dans ma vie.

Une première nuit avec un claquage n’a rien d’une épreuve de force. Le réveil, en revanche était une autre paire de manche. Aïe !!! J’ai mal au mollet gauche… une douleur qui me brûle, le mollet tétanisé… La cuisse ??? Ben non, je ne sens plus rien…

 

  • Allo docteur, ma douleur est descendue dans le mollet !!!

  •  ???

  • Allo docteur ???

  • Vous pouvez venir tout de suite ?

  • J’arrive…

Dans le doute, j’ai droit à une piqure anti phlébite et à un rendez-vous en urgences chez un phlébologue… Ben non, rien… toujours rien… sauf des bleus apparus sur le mollet.

 

Deuxième nuit ponctuée de points d’interrogation.

  • Allo docteur… ma douleur est passée du mollet gauche au mollet droit… c’est normal ?

  •  ?????????????????????????

  • Vous pouvez revenir ?

  • J’arrive !!!

A partir de là, tout s’enchaîne. C’est le moment de plonger dans les pages jaunes rubrique médicale avec le petit Vidal illustré comme livre de chevet.

Les jours se suivent et se ressemblent. Prise de sang à rallonge, examens en tous genres, de la radio la plus banale aux techniques les plus sordides…

 

Je n’en citerai qu’un : électromyogramme. Jusque-là, ça fait juste sérieux voire déjà grave avant même d’avoir le résultat. Ce qui ne ressort pas dans cette appellation hautement technique, c’est la douleur qui va avec. Car derrière cet examen se cache un acte barbare qui rappelle la grande époque de la torture : on plante une aiguille en bas du muscle, une autre en haut et hop, une petite décharge électrique là-dedans pour voir comment ça circule !!! Ça fait rêver non ?

 

  • Vous avez une infection du muscle !

  • Ah… et pourquoi ?

  • Euhhh… je ne sais pas, tout ce que je sais c’est que l’examen montre une infection du muscle…

  • Merci docteur !

  •  

Même dialogue aussi constructif avec les résultats d’une prise de sang aussi longue que la liste des courses après trois semaines de vacances !

  • Les CPK (petit nom d’enzymes musculaires) sont BEAUCOUP trop élevés !!!

  • Ah… et pourquoi ?

  • Vous avez une infection du muscle !

Il me semble qu’on me l’a déjà dit ça non ???

Les blouses blanches se suivent et se ressemblent. Comme mes journées d’ailleurs.

Je marche avec des béquilles pour me soulager ces douleurs baladeuses, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Et ça dure, ça dure… c’est dur !

 

Trois mois pendant lesquels je me demande si je suis folle. Trois mois à me demander qui pourrait croire une histoire pareille… Trois mois à essayer de suivre le parcours chaotique de cette mystérieuse douleur baladeuse.

 

Retour à la case départ des examens en tous genres lors de ma prise en charge dans le service de médecine interne du CHU.

  • J’ai déjà fait un IRM… dans le privé

  • Oui mais on va le refaire chez nous…

  • J’ai déjà fait toutes ces analyses… dans le privé

  • On préfère les refaire nous-même…

  •  

A défaut de trouver de quoi je souffre, je crois avoir découvert l’une des causes du trou de la sécu !

Donc on recommence et on trouve… une infection des muscles… Non ???? Ça c’est un scoop !!!

J’ai juste envie de leur faire bouffer leurs analyses ! Tout ça pour ça !

 

Au menu à partir de maintenant, ce sera donc cortisone quotidienne. Chouette !

Je ne ressens aucune efficacité, j’ai la bouche sèche et plein d’autres petits symptômes sympa… Je dois vraiment continuer ?

  • On n’a rien d’autre à vous donner… C’est surement un virus qui est à l’origine de votre état mais lequel ??? On va poursuivre les examens…

  • Et vous allez trouver ?

  • Pas sûr

  • Comment ça… pas sûr ?

  • Non, il y a plusieurs centaines de possibilités qui s’offrent à nous… Ce serait intéressant de savoir

  • Si vous le trouvez, vous aurez une solution ?

  • Euuuh… ben c’est un virus donc…

  • Donc pas d’antivirus sur un virus que personne ne connait !!! On arrête tout !

  • Vous ne voulez pas savoir ?

  • Savoir quoi ? Que vous ne savez rien ???

  •  

Le cobaye a décidé de rendre les armes. Mes bras ressemblent à une passoire tant ils ont été piqués… pour rien. Mon estomac va rendre l’âme à force de bouffer des médocs à tous les repas, et ma tête va exploser à trop cogiter. Donc cette fois, c’est moi qui dit STOP !

 

Premier geste qui sauve : jeter les médocs

Deuxième : dormir et dormir

Troisième… la victoire est au bout du lit ! Je retrouve progressivement une vie normale…

 

C’est bon, j’y retourne à ma vie d’avant !!!

 

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