Le jour de vérité
Il se trouve que ce jour-là, j’étais attendue à Saint-Just le Martel, à côté de Limoges, pour le festival du dessin de presse. Ma bouffée d’oxygène annuelle où, depuis 25 ans, je retrouve des amis, des potes, des dessinateurs… où je suis bien ! Tellement bien.
Ma fibro sous le bras, je quittais donc le CHU et fonçais vers Limoges sans même passer par la case maison.
Deux heures de route pendant lesquelles je me repassais le film de cette consultation qui allait, sans le savoir, changer ma vie. Deux heures à cogiter, à sentir les larmes couler sur mes joues et à tenter de les retenir assez tôt afin de ne pas arriver à destination avec les yeux de Droopy…
Don’t worry… I’m happy !
Une inauguration de festival est toujours un peu pareil… Des centaines d’invités, des amis ou simples connaissances qui se retrouvent après une interruption d’un an. Des bisous, des rires, des accolades… que du bonheur.
« Tu vas bien ? Comment vas-tu ? Toujours aussi belle !!! Tu ne changes pas !! Tu as l’air en pleine forme !!! »
Qu’est-ce qu’on peut être hypocrite quand même ! Le sourire jusqu’aux oreilles, je bise, j’enlace, je ri…
« Oui, super bien… et toi ??? »
La petite voix intérieure a envie de crier !
« Oh oh, non tu ne vas pas bien ! Pourquoi tu leur dit ça ??? Et la fibro alors, tu l’as déjà oubliée ??? »
Comment aurais-je pu l’oublier… J’ai du mal à tenir debout après deux heures de conduite et quelques heures à piétiner pendant les retrouvailles et les inévitables discours. Vivement le diner pour me poser enfin… Je ne vais pas jouer les prolongations ce soir…
Qu’est-ce que je fous là ???
Une fois de plus, je fais comme si… je donne le change… je mens, je me mens.
Le paradoxe c’est que j’avais presque envie de crier ma joie de savoir, d’annoncer à la terre entière que ça y est, je sais ce que j’ai : je suis FIBROMYALGIQUE !!!
Yesss !!!
Calme ta joie…
Qui, en dehors de moi, pourrait se réjouir de cette nouvelle ?
Personne n’est au courant du malaise que je ressentais depuis au moins un an. Forcément, je n’en ai jamais parlé…
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Vous savez, j’ai une fibro… je n’étais donc pas dingue quand je disais que j’étais épuisée et que j’avais mal partout !!!
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Ah bon, et tu le disais à qui ??? Tu n’as jamais dit que tu étais malade toi ???
Ben oui, mal, un mal au plus profond de moi mais tellement bien planqué que nul ne pouvait soupçonner sa présence.
D’un seul coup je regrettais mon attitude de dissimulation.
Avant je n’avais pas le droit de me plaindre, désormais je n’aurais pas le droit d’être malade ?
Si, cette fois j’ai le droit. Je n’ai plus envie de faire semblant. Plus envie de me camoufler derrière un sourire ou des excuses à la noix.
A défaut de m’apporter une solution thérapeutique, ce diagnostic me donne le droit de me plaindre. Pour la première fois de ma vie.
Ça peut paraitre bizarre mais ça m’allège d’un poids terrible.
Certes, on va douter de moi, les regards vont peut-être changer… mais je vais arrêter de mentir.
Qui m’aime me pardonne…